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15 avril 2007
Sont-ils des pygmées ou des Vazimba ? Font-ils partie du peuplement originel de Madagascar ? A maintes reprises, ces questions nous renvoient sur le secret et le mystère de ce groupe nomade
vivant dans la forêt du Sud-Ouest de Madagascar. Depuis le début des années 60, l'histoire de ce peuple des forêts a suscité à la fois l'effroi et la curiosité de nombreux chercheurs, scientifiques
et professeurs. Surnommés « les hommes nus », ils
s'habillent surtout de pagnes. Détenteurs du secret des Ody Gasy et des plantes à vertu médicinale du Saha-
Mangoky, ils croient en Dieu créateur ou « Zanahary » et à la présence d'un esprit transcendantal. Cela malgré la mission dite « civilisatrice » entamée par la mission luthérienne, conduite par
Mademoiselle Layla en 1980. Beaucoup dechercheurs* se sont intéressés à ce peuple qui naît de la légende. Louis Mollet, anthropologiste, réitère même qu'il peut paraître invraisemblable que de nos
jours, des hommes et des femmes vivent des semaines, des mois, voire des années sans boire et pourtant c'est ce qui arrive à un petit groupe de Malgaches retiré dans une région du Nord de Tuléar,
connue sous le nom de Forêt épineuse de Mikea ». Malgré des parutions d'ouvrages scientifiques comme la revue historique « Omaly sy Anio » ou le film documentaire co-réalisé par Dutilleux et
Vinson, la question de la survie du groupe relève toujours du mystère.
Tous les auteurs sur le sujet sont arrivés à la même conclusion. « Il est faux de dire que les Mikea sont de petites tailles, qu'ils sont nus, les cheveux longs, qu'ils se cachent dans les creux
des arbres et ont un langage
incompréhensible qui leur serait propre». Mikea est un terme générique qui désigne un groupe de personnes de
langue malgache et de coutumes Masikoro, un groupe issu du Sud de Madagascar. Les Mikea vivent en secret dans la forêt épineuse nommée en conséquence « forêt des Mikea ». La délimitation du pays
Mikea dans l'espace se conclut par un survol de ce qui était, auparavant, la RN9 au Nord de Toliara, à l'Ouest de Befandriana Sud, entreles rivières Mangoky et Manombo. Le périple commence, dans un
décor atypique du Sud, à Madiorano (50km au Nord de Toliara) pour rejoindre Miary, Ankililaoky, Ampasikibo, Andavadohaky, Antongo, Morombe, Befandefa, Salary Atsimo et Androtsy. Les villages
suscités forment le cercle du forêt Mikea qui s'étend sur plus de 70 km du Nord au
Sud et de 30 km d'Est en Ouest, soit sur plus de 2000km carrée.L'histoire des Mikea correspond à celle
des Royaumes Malgaches. Par souci de sécurité et de liberté, certains Masikoro, un peuplement du sud de
Madagascar dont sont issus les Mikea actuels se sont réfugiés dans la forêt. Ils ont fuit les exactions perpétrées parleur propre souverain. Vivants en petits groupes familiaux, ils se déplaçaient
sans cesse pour échapper aux roitelets Sakalava du Fiherenana ou du Bas-Mangoky pour se procurer des esclaves afin de les troquer contre des cotonnades, des armes à feu ou du rhum.
Maîtres de leur monde, ils vivent leur vie comme ils l'entendent. Ils connaissent tous les secrets pour survivre dans la forêt. Leur temps est seulement marqué par la naissance d'un jeune. Cela
relève du mythe pour les civilisés mais ils vivent en cachette pourtant ils vivent heureux. Dans cette étendue de forêt ou il n'y a ni source, ni mare, ni puits, l'absence d'eau cependant contraint
à une diète frugale.
C'est le gage de la liberté et de l’indépendance. Dans leur forêt, il n’y a pas que des oiseaux
mais les animaux sont peu visibles et se cachent. On y retrouve aussi des bœufs sauvages quasi inaccessibles, des Fosa, des chats sauvages, des lémuriens (sifaka, tily) et des hérissons.
Et enfin, des abeilles qui distillent des miels foncés. Le Dieu créateur ou «Zanahary », en plaçant les Mikea dans leur foret, y a fait pousser une liane nommé Baboho -à la chair tendre et fragile.
Cette succulente igname dont les tubercules, grosses comme la cuisse, poussent dans le sable à la profondeur d'un bras d'homme. Armés de haches, de sagaies à large talon, d'une palette en bois,
d'un filet, d'un panier, de calebasses et d'un récipient, ils partent dans la forêt pour se procurer quotidiennement de la nourriture. Ils se déplacent ainsi presque chaque jour, sur plus d'une
dizaine de kilomètres. Apres la chasse et la cueillette, ces aliments seront mangés crus, grillés ou cuits sous la cendre.Malgré leur volonté d'indépendance et leur indifférence au confort des
villages, les Mikea quittent peu à peu leur forêt et, de nomades deviennent lentement sédentaires. Et malheureusement, au moment ou on rédige cet article, la forêt si chère aux Mikea est en train
de se détruire. Leur environnement et leur monde se détériorent. « Sans forêt, ils ne peuvent pas survivre et si par malheur, cette étendue forestière venait à disparaître, Mikea serait un peuple
condamné à l'extinction », s'inquiète Theo Rakotovao, porte-parole d'un peuple exclu. Avec son groupe du même nom, il parcourt ainsi le monde avec la culture Antsa et le Beko Masikoro. Notons que
les hommes de la forêt utilisent trois instruments de musique : un arc musical sur calebasse, un hochet et un xylophone de 7 bâtons. Ce monde Mikea témoigne en général du mode de vie qui existait
autrefois et qui était pratiqué par le peuplement originel de notre île, les Vazimba. Il devait être classé patrimoine culturel de l'Humanité ou du moins patrimoine malgache.
*Louis Molle, Chantal Blanc-Pamard, Jorgen Ruud et le professeur Hervier, Dina Jeanne et Olivia Eugeronnette, Dina et
Hoener (1976), Emmanuel Fauroux et Rebedimy (1985), Rengoky (1985), Stiles (1991), Terrin (1998), Dutilleux et
Vinson (1998), Yount-Tsiazonera-Tucker (2002) et Vintsy (1999, 2004).
Tsiry-fy Tia
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